La principale ville du Laos est l’une des capitales les plus calmes de la planète. Calme tout relatif quand on sait que le pays s’offre une croissance de 8% par an. Le lien historique franco-lao fait valser les investisseurs français à Vientiane, favoris de ses futurs grands marchés.

Une ville touristique plate dans tous les sens

C’est une chance pour les cyclistes qui arpenteront ses rues planes et peu encombrées.

Mais quelle tranquillité…

Vientiane est pourtant bien placée.
Tout voyageur arrivant par train de Thaïlande passe par la « ville du santal ». Elle possède son propre aéroport international. Le Mékong longe un tiers de ses frontières.
Elle est le centre de toutes les excursions sillonnant le pays par route et voie fluviale.

Câblage électrique Vientiane Laos

Et oui ! Il y a même l’électricité à Vientiane. :)

10% de la population laotienne y vit et pourtant le centre-ville est pour ainsi dire mort

Je n’y suis que pour quelques jours et je choisis un hôtel dans les rues du quartier touristique proche du Mékong.
Remplies de petits cafés/boulangeries à la française, elles sont pourtant quasi-vides. Le matin je croise plus de croissants que d’êtres humains.

En journée j’ai l’impression d’arpenter un village. Tout y est fermé, les gens ne se bousculent pas dans les rues.

Le soir, si vous n’êtes pas fan des restaurants façonnés pour l’européen, le choix se restreint vite.

Vrai plat du coin

Plus tard dans la nuit, hormis le vendeur d’herbe du coin et quelques racoleurs ventant timidement leur unique prostituée, Vientiane reste paisible.

Quant à y faire la fête… Passé minuit vous avez plutôt intérêt à connaître du monde. Sinon c’est retour à l’hôtel après fermeture de l’inutile marché de nuit du bord du Mékong.
La moitié des stands y vendent pipes et autres ustensiles du fumeur de cannabis… Intelligent dans un pays aussi restrictif en la matière.

Heureusement que quelques fast-foods et boîtes de nuit « branchées » satisfont les clones de la jeunesse occidentale résidant à temps complet dans la capitale.

Etal sur un marché de Vientiane Laos

Sinon il y a ça. A vous de voir.

Bref, vous ne trouverez pas à Vientiane la frénésie à la sauce métropole asiatique moderne.

Non pas qu’il n’y a rien à voir dans le plus grand village d’Asie

Car son mélange de villas coloniales françaises et de temples anciens jalonnant de très larges avenues lui confère un charme certain.

Maison coloniale à Vientiane

Tout comme les rizières et autres champs de légumes cachés derrière les grands boulevards.

Et que dire de ses multiples influences architecturales : Thaïlande, Chine, Vietnam, France, Amérique et Russie ; autant de pays que de jougs dont le Laos à dû s’accommoder.

Vous ne manquerez pas de visiter les monuments incontournables de la ville :

  • le Stupa That Luang, symbole national principal du Laos
Pha That Luang Vientiane Laos

A voir comme ça, ça fait un peu carton pâte. Mais en vrai c’est beau.

  • le Vat Si Saket et ses 6 400 bouddhas
Vat Sisaket Vientiane Laos

Les milliers de Bouddhas… Enfin, 14 sur la photo. C’est déjà pas mal;

  • le Vat Phra Keo, temple royal transformé en musée d’art religieux

Bon, il faut aimer les temples, et il parait que quand on en a vu un…

Vue du Patuxai Vientiane Laos

Ce n’est pas le chateau Disney mais bien le Patuxai

Rassurez-vous ! Il y a le Patuxai, Arc de triomphe Laotien sur une sorte de Champs-Élysées vide.

Créé à la mémoire des victimes de guerre, il est surnommé « piste verticale » car terminé avec du ciment donné par les Américains pour la construction de l’aéroport de Vientiane.

Mais si les bâtiments vous gonflent il vous reste les marchés aux multiples couleurs où l’on trouve tout et n’importe quoi.

Vientiane est encore coincée entre l’archaïsme de son communisme conservateur et le capitalisme impérialiste qui ne manquera pas d’avaler son ennemi. Et les français y contribuent grandement, pour le meilleur et pour le pire.

80 années d’emprise française, ça créé des liens forts !

Drapeau protectorat français Laos

Drapeau du Laos français

Et Vientiane n’a même pas 500 ans d’existence.
1893-1954 : Le Laos subit 60 ans de protectorat et 20 ans de présence culturelle française. On pouvait s’attendre à plus d’évolution pour une ville sous l’influence des mangeurs de grenouilles.

Les plans de construction de Vientiane ont peu d’envergure et elle ne compte que 9 000 habitants en 1928. Dont beaucoup de vietnamiens amenés par les français.

Bien qu’administratrice du pays, la France ne développe pas le Laos

Seule la construction du réseau routier desservant l’ensemble de l’Indochine importe aux français qui mettent à contribution les populations locales les plus pauvres par le biais de « corvées ».

Pagode Vientiane Laos

Pas sûr qu’elle serve encore à enseigner le Lao

Malgré les pagodes qui enseignent le Lao et les 12000 enfants qui fréquentent des écoles primaires françaises, 95 % de la population y est analphabète.

La France étend son influence et gère les infrastructures administratives vitales d’un pays devenu grégaire.

Peu peuplé et sans accès à la mer, Le Laos n’a pas de réel intérêt en temps de paix

Jusqu’à la guerre du Vietnam.
Il sert alors de foyer de mercenaires aux Américains et de base arrière pour les deux camps.

Vientiane voit transiter des tonnes d’opium dans ses murs. La CIA a trouvé un très bon moyen de financer le Vietnam alors que les États-Unis s’engagent officiellement dans la guerre contre la drogue.

C’est beau la démocratie…

Prince Souvanna Phouma Laos

Le Prince Souvanna

 

A partir de 1964, le Laos prend un bombardement sur la gueule toutes les 7 minutes pendant 10 ans !
Un dixième de la population laotienne totale meurt ; un beau dommage collatéral.

Mais la France maintient son influence grâce au soutien du prince Souvanna Phouma. Il obtient ainsi un maximum d’aide étrangère tandis que la France garde son rôle majeur en matière d’éducation, de santé et de justice.

Ses choix judicieux lui vaudront presque 20 années en tant que premier ministre laotien.

Le pays le plus bombardé de l’histoire devient le pays le plus aidé au monde !

Enseignes Franco-Lao

La France est bien présente

Malgré la guerre, le Laos fait des progrès considérables et un bon en avant.
A son indépendance, il signe un traité d’amitié et d’association avec la France et adhère librement à l’Union Française.

Cela n’empêche pas le Pathet Lao, devenu communiste avec le Viêt Minh, de devenir le contre pouvoir d’un pays qui ne demande qu’à se développer.

Vientiane, propulsée au centre des intérêts économiques

Aujourd’hui on parle de République Démocratique Populaire du Laos. C’est un état communiste au parti unique dont la croissance ne cesse d’augmenter pour devenir le plus élevé d’Asie du Sud-Est.

A ce train là Vientiane pourra peut-être rattraper une ville comme Hô-Chi-Minh « la capitaliste ».

Depuis son ouverture sur les marchés, les investissements étrangers pullulent. Même le business du bénévolat des expatriés cartonne.

Le tourisme explose, et je m’emmerde toujours autant dans le centre-ville de la capitale.

Et pourtant, à partir de 2000 l’expansion de Vientiane est brutale

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asean

Derrière sa nonchalance, la ville est en plein essor et multiplie ses habitants au point de presque atteindre le million. Les jeunes y affluent, suivant les traces du développement économique.

  • 2004 Vientiane accueil le 10ème sommet de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est, l’ASEAN.
  • 2010 Pour son 450ème anniversaire, elle inaugure sa bourse et marque le passage du Laos dans l’économie du libre-échange.
  • 2012 C’est la visite historique à Vientiane du Président français et de son Ministre des affaires étrangères.
    F. Hollande à Vientiane Laos - FranceInfo.fr

    Quelle classe ce soldat laotien.

  • 2013 J’arrive trop tard dans la ville… Il ne vous reste pas un petit festival qui traîne ?

Les liens historiques Franco-Lao sont profonds

Et je pense que vous savez maintenant quelle est la plus grande communauté occidentale du pays. :)

Pas étonnant donc que notre ambassadeur français organise « les Rendez-vous de Vientiane » premiers du nom, du 25 au 30 novembre 2013.

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Logo EDF

CNCCEF

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Le tout en partenariat avec tout plein d’associations non caritatives, Banque Franco-Lao, Bred, EDF, Essilor, Air France, CCE.

Bon j’arrête là, il y en a 29.

Je passe sur le discours paternaliste et bienfaisant de l’ancien protecteur justifiant son plan de développement socio-économique, et j’en viens directement aux objectifs médiatiques pour le Laos :

  • Croissance annuelle constante de +8%
  • Scolarisation de tous les petits enfants laotiens
  • 2015 – 1 700 US Dollars de revenu annuel/habitant
  • 2020 – Moins de 10% de la population sous le seuil de pauvreté.

Sans oublier les nombreux investissements français à venir dans le pays.

Je me moque un peu, j’avoue, mais Mr. l’Ambassadeur ne cache en rien les prétentions de la France et fait même remarquer que :

Ce pays (le Laos) constitue une destination privilégiée pour nos entrepreneurs et, plus largement, pour notre influence.

Il n’y a pas de honte à ce que deux gouvernements tirent un intérêt économique commun et fasse évoluer le plus pauvre par la même occasion. Le tout est de savoir si les objectifs médiatiques seront remplis comme prévu.

Ils le peuvent sûrement avec une partie des flux financiers générés par ce genre de partenariats. Mais le veulent-ils vraiment ? Nous le saurons fin 2020.

Et qu’ils en profitent pour nous donner plus d’animations à Vientiane. :)

Tony Founs
 
 

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